Interview de mestre Barba Branca

Interview réalisée et traduite par Ada Luz (Salvador, Brésil, Juillet 2002)
Initialement publiĂ©e sur le site www.gcac.fr

Comment avez vous commencĂ© la capoeira ?
mestre Barba Branca : J’ai commencĂ© la capoeira…, bon, tout d’abord, mon nom…, mon nom est Gilberto Reis Ferreira Dos Santos Filho, je suis nĂ© Ă  Canavieiras, dans le sud de Bahia, mais j’ai grandi Ă  Liberdade (quartier de Salvador). La première fois que j’ai vu de la capoeira, c’était Ă  Pero Vaz, devant l’ »armazem » de Agnelo,… il y a longtemps, j’avais 13/14 ans, c’est lĂ  que j’ai vraiment vu ce que c’était la capoeira. Mon premier maĂ®tre Ă©tait Mestre Traira, de Liberdade, Ă©lève de Mestre Waldemar. J’ai appris peu avec lui car il est mort peu de temps après. Il a eu une cirrhose hĂ©patique et je suis restĂ© sans maĂ®tre. C’est Ă  ce moment lĂ  que je suis parti chez Mestre JoĂŁo Pequeno, c’est lĂ  que j’ai acquis toute cette expĂ©rience. Je remercie vraiment Mestre JoĂŁo Pequeno car c’est lui qui m’a transmis tout ce que je sais aujourd’hui… c’est lui qui m’a tout transmis,… le savoir, et pour ma part chaque angoleiro est diffĂ©rent, personne n’est Ă©gal Ă  personne, mĂŞme moi je ne joue pas de la mĂŞme façon que mon maĂ®tre, vraiment, je joue d’une autre façon, j’ai ma propre technique de jeu de capoeira. A l’époque, dans le quartier de Liberdade il y avait plusieurs maĂ®tres anciens qui se rĂ©unissaient comme Zacharias, Waldemar, David, Dada, Bel et Del, Cabelo Bom et moi en voyant cela, ce qui se passait entre ces maĂ®tres, j’ai commencĂ© Ă  apprendre le respect, d’un maĂ®tre pour un autre, du jeu de l’autre, donc j’ai appris beaucoup de choses en les observant. Avec Mestre JoĂŁo Pequeno je suis restĂ© une quinzaine d’annĂ©es, et je suis sorti avec l’objectif de travailler avec des enfants, c’était le premier groupe que j’ai constituĂ©, le Grupo de Capoeira Angola Cabula, ici dans le quartier ou j’habite, Cabula.

Comment avez vous obtenu votre diplĂ´me ?

mestre Barba Branca : Ca fait vingt ans ou plus que j’aurais dĂ» l’avoir…, en ce qui concerne le diplĂ´me que j’ai reçu… Ă  l’époque pour donner un diplĂ´me de maĂ®tre, les maĂ®tres tardaient un peu car ils ne voulaient pas perdre l’élève. Car dès que l’on formait l’élève celui-ci partait pour crĂ©er son propre groupe. Et mestre JoĂŁo Pequeno voulait que je reste, alors je ne l’ai reçu qu’en 1994, grâce Ă  Mestre BobĂł qui lui a dit que s’il ne me donnait pas le diplĂ´me, c’est lui qu’il allait le faire. Du coup il se sont fâchĂ©s et mestre JoĂŁo Pequeno a dit : « C’est mon Ă©lève, c’est moi qui doit lui donner Â» Et lĂ  on a fait un Ă©vènement et j’ai reçu enfin mon diplĂ´me de maĂ®tre.

Pourquoi avez vous voulu ĂŞtre maĂ®tre, qui l’a dĂ©cidĂ© ?

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mestre Barba Branca : Non, qui a dĂ©cidĂ© en vĂ©ritĂ© c’est le « peuple Â», car tous les gens qui me voyaient jouer m’appelaient par le titre de maĂ®tre et non de contremaĂ®tre. Je crois Ă  cause de ma façon d’être, de la manière dont je me comportais, la manière dont j’agissais avec les personnes, le respect que j’avais envers les gens, en prenant exemple sur les maĂ®tres anciens que j’avais vu Ă  Liberdade. Alors les gens trouvaient que j’étais dĂ©jĂ  maĂ®tre, que je pouvais enseigner. Dans une roda qui a eu lieu dans le fort Santo Antonio, Mestre Waldemar m’a vu jouer pour la première fois, quand je suis sorti de la roda il m’a dit : « Mon fils, tu es dĂ©jĂ  prĂŞt pour enseigner Â» et il a parlĂ© Ă  Mestre JoĂŁo Pequeno.

Aviez-vous envie d’être maĂ®tre ?
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mestre Barba Branca : L’envie… l’envie et la volontĂ© je l’avais car c’était ma responsabilitĂ© de perpĂ©tuer le travail des autres maĂ®tres. 
L’envie, comme je t’ai dit, c’était plus la prĂ©occupation de conserver la propre culture de la capoeira angola et tout ce que j’ai appris. Pour pouvoir transmettre ça aux enfants et aux jeunes, les personnes qui ont vraiment besoin d’apprendre et de conserver cette culture. C’était plus pour ça que je suis restĂ© aussi, et la responsabilitĂ© Ă©tait aussi très grande, ĂŞtre maĂ®tre est une responsabilité…en vĂ©rité…le maĂ®tre est un peu comme un « orientateur »â€¦â€¨ mais le vrai maĂ®tre en rĂ©alitĂ© c’est celui qui est lĂ -haut…le maĂ®tre c’est Dieu, et nous on remplit simplement un rĂ´le, important, Ă  cause de l’expĂ©rience qu’on a, la façon d’être, le charisme, la façon de parler, le respect qu’on a pour les personnes.
 Ca c’est important dans la capoeira, parce que la capoeira ce n’est pas seulement jouer, la capoeira c’est beaucoup plus que ça, c’est quelque chose de beaucoup plus profond, une relation avec l’autre et soi.
 La capoeira est dans tout l’univers de la propre vie de l’être humain. Je pense ainsi, je vois que c’est de ce cĂ´tĂ©-lĂ  que l’on doit donner la continuitĂ© Ă  ce travail, pas seulement moi mais ensemble avec les autres maĂ®tres, les nouveaux qui sont en train d’arriver, et les autres qui m’accompagnent aussi, comme mestre ZĂ© do Lenço, et des autres maĂ®tres comme mestre Diogo, Gildo, mestre PelĂ©, chacun a sa façon d’être mais ils ont la responsabilitĂ© de faire en sorte que les personnes apprennent, « que les personnes apprennent aussi ça Â», comme je te l’ai dit, c’est pas seulement taper, la capoeira c’est aussi savoir parler, il n’y a pas besoin de bagarres, : « Quand y en a 1 qui veut pas, 2 ne se bagarrent pas Â», c’est pas ça ?
 Donc ce dicton, « quand y en a 1 qui veut pas, 2 ne se bagarrent pas Â», dans la philosophie de la capoeira, on ne doit pas se battre et ne pas chercher les « embrouilles Â» pour rien.
 C’est pour ça qu’elle gère la violence tout le temps, si la majoritĂ© des gens pouvait s’harmoniser, cela n’arriverait pas.

Comment devient-on maĂ®tre ?
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mestre Barba Branca : Toute personne sait dĂ©jĂ  manger avec ses propres mains, n’est-ce pas, et comme je dis toujours,… je compare toujours avec la nature, le « gaviĂŁo Â» (oiseau du type faucon) quand il naĂ®t, il commence Ă  chanter, Ă  appeler, Ă  appeler, lĂ  arrive sa mère, elle lui donne la nourriture dans la bouche jusqu’à ce qu’il grandisse. Il grandit, et lĂ , il prend son envol et commence Ă  voler. LĂ , il passe une autre Ă©tape dans sa vie, il commence Ă  apprendre Ă  chasser son propre aliment. Quand il a appris, il sait quelle proie il doit attraper, et c’est la mĂŞme chose pour la capoeira. En capoeira, tu commences Ă  quatre pattes (comme les bĂ©bĂ©s), et après avec le temps, tu passes sur deux pieds, et tu sais marcher. Et tu commences Ă  comprendre ce qu’elle est, et après, lĂ , « tu passes au stade de maĂ®tre Â» par toi mĂŞme, parce que, certes on doit ĂŞtre maĂ®tre mais d’abord ĂŞtre soi-mĂŞme, savoir se conduire.

Quelle est l’implication du maĂ®tre avec les Ă©lèves ?

mestre Barba Branca : La relation du maĂ®tre avec les Ă©lèves est une relation de respect…d’égalitĂ© aussi…il doit y avoir une Ă©galitĂ©, et savoir parler au moment juste quand il faut leur rappeler leurs erreurs et conduire l’élève dans le bon chemin, ça c’est le rĂ´le fondamental du maĂ®tre avec l’élève. Et l’élève aussi, il doit avoir l’intĂ©rĂŞt d’apprendre, de comprendre, de questionner le maĂ®tre, : comment cela se passe ?, Qu’est ce que c’est ? Comment on doit faire ?, Et comment on doit agir ?….., Tu comprends ?, C’est ça la relation gĂ©nĂ©ralement du maĂ®tre avec l’élève.

C’est une relation de disciple ou de professeur Ă  son Ă©lève ?

mestre Barba Branca : Non, la relation maĂ®tre Ă  Ă©lève.. la relation forte dont tu parlais, c’est celle de toujours accompagner l’élève, et l’élève doit aussi accompagner le maĂ®tre.
Mais cela existe, il doit y avoir aussi ce type de relations, de…comme je t’ai dit, de questionner, chercher Ă  faire attention ou Ă  comprendre ce que le maĂ®tre dit, et au maĂ®tre aussi Ă  faire attention et comprendre ce que son Ă©lève veut, tu vois, tu es avec une personne, tu ne sais pas ce que la personne veut, jusqu’au moment oĂą ils se comprennent, c’est comme une symphonie, une fois que les deux sont bien accordĂ©s, c’est lĂ  que ça devient important… cette relation. La relation, elle doit ĂŞtre homogène, comme une unitĂ©. Parce que parfois, son propre Ă©lève peut dĂ©savantager ou faire tomber le groupe, donc il doit vraiment savoir ce que le maĂ®tre veut pour ne pas que cela arrive… n’est ce pas ?, ne pas faire du tort Ă  son propre groupe, parce qu’on ne prend pas au sĂ©rieux les responsabilitĂ©s.

Quelle est l’importance du maĂ®tre dans la roda ?

mestre Barba Branca : L’important, c’est de la conduire, de ne pas la laisser devenir violente, et au moment oĂą elle le devient, il faut appeler avec le berimbau…car qui commande vraiment la roda c’est le berimbau !…tu appelles les joueurs, et lĂ  tu les avertis : Â« Plus doucement ! Â». Quand il n’y a plus le choix, il faut arrĂŞter la roda et rappeler les 2 (joueurs), il faut retenir leur attention pour que ce genre de choses qui arrivent aujourd’hui dans certaines rodes, n’arrive plus. Alors le rĂ´le du maĂ®tre est de conduire la roda, parce que sans le maĂ®tre, gĂ©nĂ©ralement on peut commencer Ă  jouer, et ne pas savoir rĂ©pondre au chant, ou parfois on ne sait tout simplement pas chanter, on ne sait pas appeler pour rentrer dans le jeu, alors, le maĂ®tre est lĂ  pour ça, pour pouvoir accorder tout le « mouvement Â» de la roda.

Quelle est la diffĂ©rence entre une roda avec plusieurs maĂ®tres et celle avec que des Ă©lèves ?

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mestre Barba Branca : Le contremaĂ®tre est lĂ  en l’absence du maĂ®tre, comme si c’était la deuxième personne après le maĂ®tre. S’il n’est pas lĂ , il y a le treinel, car le treinel a aussi la mĂŞme valeur que le contremaĂ®tre, celle de pouvoir conduire et organiser aussi. Quand il y a plusieurs maĂ®tres lors d’une roda, l’un d’entre eux est appelĂ© pour la diriger, ou Ă  donner la roda Ă  l’un d’eux. Par exemple, quand j’ai fait la roda de Mestre BobĂł, il y avait plusieurs maĂ®tres, alors il a dit : « je vais donner la roda Ă  mestre Barba Branca Â», dans ce cas la roda est entre mes mains, les autres doivent respecter et suivre mes consignes. Et on respecte toujours cela car c’est une question de hiĂ©rarchie. Le plus vieux a parlĂ© pour que le plus jeune « amène Â» la rode dans une bonne Ă©nergie, parce qu’il veut que celui-ci, qui est plus jeune, commence Ă  avoir une responsabilitĂ©, celle de bien conduire la roda. Mais ce moment est difficile car tous les autres maĂ®tres observent et font attention Ă  la moindre erreur.

Le jeu des maĂ®tres dans la roda est-il vu d’une façon diffĂ©rente ?

Le jeu des maĂ®tres est un jeu… pour ainsi dire des gens de capacitĂ©, qui a dĂ©jĂ  une vivacitĂ©, l’un respecte l’autre dans sa façon de jouer, et lĂ  chacun sait dĂ©jĂ  comment il doit se comporter avec l’autre.
Tu n’as pas besoin de « faire mal Â» Ă  l’autre maĂ®tre, car il sait qu’il peut aussi te faire mal, alors il y a toujours du respect, et quand le jeu touche Ă  sa fin, cela se passe tranquillement, sans violence, dans l’entendement

Un maĂ®tre prĂ©fère une roda avec des maĂ®tres ou avec des Ă©lèves ?

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mestre Barba Branca : Parfois le maĂ®tre veut ĂŞtre meilleur qu’un autre… ça existe par ici. Mais il y en a toujours un qui s’oppose Ă  ce comportement…personne n’est meilleur qu’un autre.

Les maĂ®tres apprennent des autres maĂ®tres de cette façon lĂ  ?

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mestre Barba Branca : Oui, tu passes, tu transmets d’un maĂ®tre Ă  l’autre, d’élève Ă  Ă©lève, et parfois il y a des commentaires, parce que c’est vilain quand un maĂ®tre fait une chose pas dans les règles ou de mauvaise foi. Si un Ă©lève voit ça de son maĂ®tre, il peut se dĂ©tourner vers un autre « chemin Â», changer d’AcadĂ©mie. Alors, tout ce que je peux dire, ce que les actes du maĂ®tre se rĂ©percutent sur l’élève Ă©tant donnĂ© que l’élève apprend avec le maĂ®tre. Et l’élève peut se demander si c’est de cette façon lĂ  que l’on joue de la capoeira.

Quels liens peut-on faire entre le comportement dans une roda et le comportement dans la vie de tous les jours ?

mestre Barba Branca : Cela a de l’influence, et parfois, Ă  cause du stress du quotidien, ou de la capoeira, et si tu n’es pas bien intĂ©grĂ©, compris dans la sociĂ©tĂ© et en dehors de la sociĂ©tĂ©, cela fait que parfois tu as un certain comportement… et parfois non. Le comportement que tu as dans ta maison est diffĂ©rent du comportement que tu as dans la roda de capoeira ou dans la rue, alors tu dois savoir les sĂ©parer, mais aussi les concilier, parce que parfois, les personnes que tu cĂ´toies dans la rue sont extrĂŞmement violentes. Tu dois essayer de ne pas leur rĂ©pondre violemment et essayer de comprendre ce comportement. C’est ça qui est important dans la vie, dans le quotidien, tout ce qui arrive dans la roda nous arrive dans la vie. PrĂŞte bien attention quand tu fais un jeu de la capoeira, tu remarqueras que quand tu sors dehors il arrive des choses similaires et tu te dis : « Mince, je me rappelle, c’est arrivĂ© dans la roda ! Â». La roda et la vie c’est la mĂŞme chose.

Pourquoi « la roda Â» ?

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mestre Barba Branca : Parce qu’anciennement ou plutĂ´t selon les anciens maĂ®tres, dans les terreiros ou dans les senzalas, on faisait toujours une roda (« ronde »). La roda c’est l’univers, c’est une planète ou alors la roda symbolisait la planète, non… symbolise la planète. Anciennement dans la roda, il y avait les personnes du candomblĂ©, et de la capoeira, qui faisaient leurs mouvements, leurs rituels. Et c’est pour ça qu’on l’appelle roda de capoeira.
Si tu observes lors d’une fĂŞte de candomblĂ©, les bahianaises qui dansent, et les entitĂ©s, c’est une roda, elles dansent dans une roda, c’est l’univers. Et c’est pour ça qu’on l’appelle roda de capoeira.

Quelle est la fonction du maĂ®tre de capoeira ?

mestre Barba Branca : La fonction, c’est accompagner ! C’est conduire ses Ă©lèves, et avoir des Ă©lèves, car sans Ă©lèves il n’y a pas de maĂ®tres. Si tu n’as pas d’élèves, tu n’es pas un maĂ®tre ! Tu dois avoir des Ă©lèves pour pouvoir apprendre et savoir conduire les Ă©lèves jour après jour et dans la capoeira.

C’est difficile d’enseigner le chemin pour devenir maĂ®tre ?

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mestre Barba Branca : Ca dĂ©pend de chaque personne, mais c’est difficile. C’est difficile de faire en sorte que la personne comprenne car l’être humain est complexe, c’est très difficile.
 Mais ils assimilent peu Ă  peu…car, la chose est la suivante : d’abord il y a l’âge du tigre, quand tu es très bagarreur, mais cela passe. Après arrive l’âge du dragon, je parle en termes chinois, c’est plus lĂ©ger comme Ă©tape, on a plus de discernement, on est plus…on rĂ©flĂ©chit deux fois aux choses avant d’agir, tu comprends, c’est la mĂŞme chose en capoeira. On pense que la capoeira n’a pas de philosophie mais oui, elle en a. Mais les personnes ne savent pas comment en parler, car la capoeira angola est plutĂ´t oral qu’écrite. Alors ces questions lĂ  sont bonnes Ă  poser car on pourrait mettre ces choses lĂ  par Ă©crit. Dans notre cas, la capoeira est orale, c’est la mĂŞme chose que pour le candomblĂ©. Il y a des choses que je ne peux pas transmettre, je ne peux pas, non, je ne sais pas comment les transmettre.
 C’est pour cela que la relation maĂ®tre/Ă©lève devient plus difficile, pour que lui puisse ĂŞtre maĂ®tre, ça dĂ©pend de lui aussi, il y a des Ă©lèves qui ne veulent pas ĂŞtre maĂ®tre, ils veulent seulement jouer du berimbau. Car il y en a toujours un qui a le don d’enseigner, et des autres pas. Certains veulent seulement jouer (tocar) du berimbau. Ils ne veulent pas enseigner ni prendre la responsabilitĂ© de transmettre ce qu’ils ont appris, mais bon c’est le droit de chacun.

Est-ce toujours le plus vieux qui est respectĂ© ?

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mestre Barba Branca : Oui, dans mon cas devant mestre JoĂŁo Pequeno, je suis toujours Ă©lève par rapport Ă  son âge, Ă  la vie qu’il a eu, il y a ce respect. Mais … je suis encore nouveau nĂ©, je suis encore Ă  quatre pattes.

Les origines de la capoeira et qu’est ce que c’est que la capoeira angola ?

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mestre Barba Branca : Ceci est très polĂ©mique, très polĂ©mique. C’est venu vraiment d’Afrique selon certains Ă©crivains. Selon mestre Pastinha qui est allĂ© Ă  Dakar en Afrique, et qui a vu une lutte, une danse, la danse du n’golo, qui traduit veut dire le « pas du zèbre », par le fait de donner ce coup comme la chapa de costas, la capoeira viendrait d’Afrique.
D’autres disent qu’elle vient d’ici des descendants d’africains qui commençaient Ă  danser et de la danse ils ont extrait la lutte. Quand le contremaĂ®tre tapait avec le « chicote » (fouet) ils faisaient la negativa et d’autres mouvements, Ă  partir de lĂ  ils ont commencĂ© Ă  crĂ©er d’autres mouvements. D’autres disent que c’est d’une autre lutte qui ressemble beaucoup Ă  la capoeira la Ladja pratiquĂ©e en Martinique.. Mais pour moi elle a Ă©tĂ© créée ici Ă  Bahia, ça oui !
 A Santo Amaro Da Purificação, il y a beaucoup de maĂ®tres lĂ -bas comme Besouro de Mangangá et aussi Ă  Cachoeira, il y a eu beaucoup de bons maĂ®tres Ă  Cachoeira, tous descendants d’Africains car la majoritĂ© des Africains sont venus dans les champs de canne Ă  sucre (Canaviais), couper la canne Ă  sucre. Et lĂ  la population a augmentĂ© et après certains sont venus ici Ă  Salvador. Mestre Pastinha a appris avec un ancien esclave, un Africain.

Avant l’enseignement de Pastinha est-ce que la capoeira Ă©tait connue ?

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Elle l’était. Pastinha est nĂ© en 1889. Mais avant lui il y en avait d’autres, il y avait des maĂ®tres comme Totonho de MarĂ©, Livino Diogo, il y avait des mestres plus vieux que Pastinha, mais ils n’avaient pas la mĂŞme cĂ©lĂ©britĂ© que mestre Pastinha. Mestre Pastinha Ă©tait quelqu’un qui en plus de savoir bien parler, Ă©tait quelqu’un qui peignait, jouait bien de la capoeira, très bien de la capoeira, il faisait aussi de l’escrime, qu’il a appris dans la marine. Alors il avait un charisme très grand, les intellectuels l’aimaient beaucoup aussi. Quand ils le voyaient, avec sa tĂŞte toute blanche, ce petit vieux en train de jouer cette capoeira !!!!! car il passait sa vie Ă  jouer !!! Il a crĂ©e aussi le CECA (Centro Esportivo de Capoeira Angola)

Pourquoi on parle peu de l’époque avant Pastinha ?

mestre Barba Branca : On a l’impression que la capoeira angola n’est devenu connue qu’avec Pastinha. Mais on en parle, on raconte beaucoup d’histoires sur Besouro de Mangangá, il Ă©tait un peu provocant, il se bagarrait, c’est pourquoi Ă  cette Ă©poque la capoeira Ă©tait persĂ©cutĂ©e, marginale. Alors on ne pouvait pas avoir d’acadĂ©mies de capoeira.
 C’est avec Pastinha que c’est devenu plus officiel, ça a Ă©voluĂ©, il l’a montrĂ© au monde. Mais avant, non, la capoeira c’était de la bagarre, c’était pour se dĂ©fendre des « macaques », comme on les appelait Ă  l’époque, c’était la police ; le nom de la patrouille Ă©tait AIP, Ă  cette Ă©poque j’étais petit.
 Quand ils voyaient la capoeira dans la rue, ils arrĂŞtaient la roda et tapaient sur tout le monde. Alors, il y avait cette rĂ©sistance, la AIP arrivait, et ils se bagarraient avec les hommes de l’AIP. C’est pour ça qu’elle n’était pas valorisĂ©e, il y avait Onça Preta, mais avec Pastinha, elle s’est valorisĂ©e, elle est devenue plus connue.
 Elle est devenue une chose plus de l’ordre de la culture brĂ©silienne et non du Malandro.

Que peut-on apprendre sur l’histoire du BrĂ©sil avec l’histoire de la capoeira ?

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mestre Barba Branca : Beaucoup de choses, on le voit avec les capitanies hĂ©rĂ©ditaires. Lorsque a Ă©tĂ© faite la division du territoire entre l’Espagne et le Portugal, c’était la partie portugaise qui a amenĂ© d’Afrique les noirs ici, c’est le cĂ´tĂ© sociologique et anthropologique dans la capoeira. La manière de vivre du capoeiristes et du noir dans la sociĂ©tĂ© de l’époque … car leur sociĂ©tĂ© se constituait en clans. Anciennement, on n’apprenait pas de la capoeira ni Ă  vous ni Ă  personne, c’était dans le clan, les familles apprenaient aux propres enfants Ă  se dĂ©fendre. Alors ça c’est important, vous devez lire pour savoir ce genre de choses, si vous trouvez des livres… mais comme ça a tout Ă©tĂ© brĂ»lé… la plus grande partie des livres… par Rui Barbosa… par honte de l’histoire du noir ici. Ils sont rares les livres que tu peux voir sur la capoeira, sur la rĂ©alitĂ© du noir, car tu peux voir que mĂŞme les poètes comme Cardoso, le poète de l’esclavage, parlait des horreurs de l’époque, ce que l’Eglise a fait aussi aux Africains, les prĂŞtres qui tuaient les Noirs…
Les « senhorzinhos » (propriĂ©taires) qui attrapaient les filles noires pour entraĂ®ner leurs fils Ă  faire des enfants. C’est très intĂ©ressant cette question littĂ©raire de la capoeira.

Est-ce que la capoeira a servi Ă  valoriser les Noirs ?

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mestre Barba Branca : Oui, pour la propre estime du Noir, elle a beaucoup servi aussi pour qu’il apprenne sa propre histoire. Oui, il a commencĂ© Ă  faire le « capricho Â» de se valoriser.

Est-ce que les maĂ®tres apprennent aussi cette histoire aux Ă©lèves ?

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mestre Barba Branca : Bien sĂ»r, car ils doivent apprendre la difficultĂ©, qui est encore celle du Noir, dans la ville de Salvador et dans tout le BrĂ©sil. Car le Noir est traitĂ© comme un vagabond. S’il fait quelque chose de mal, il est battu et il est amenĂ© (Ă  la police) sans qu’on lui demande le pourquoi, s’il la fait par nĂ©cessitĂ©, ou si ça a Ă©tĂ© vraiment lui qui a fait quelque chose, par le fait d’être Noir et pauvre, il est rĂ©primĂ©. S’il avait Ă©tĂ© blanc, il aurait eu en face un autre type de comportement. Alors il y a aussi cette question de la discrimination qui est très complexe et je n’aime pas rentrer dans ce thème, c’est trop complexe.

Comment la capoeira est-elle vue et considĂ©rĂ©e au BrĂ©sil ?

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mestre Barba Branca : Elle est encore un peu mal vue, il y a des personnes qui ne la comprennent pas encore, ils ne connaissent pas le cĂ´tĂ© philosophique de la capoeira, ils ne savent pas la valeur qu’elle a, ils ne voient que la bagarre, Ă  cause d’autres types de capoeira comme la capoeira rĂ©gionale, qui, en gĂ©nĂ©ral, se bagarre beaucoup plus, c’est l’adrĂ©naline. Parfois, une jambe tape sur l’autre sans faire exprès, et l’autre pense qu’il a fait exprès, alors la bagarre commence. Et parfois, ils se blessent, ils cassent le nez de l’autre. Ici, il y a dĂ©jĂ  eu des morts, dans l’île, un garçon a frappĂ© l’autre d’un coup de pied il l’a mis par terre : il lui a cassĂ© la colonne vertĂ©brale et il est mort. Et comme il y a eu aussi Ă  Espirito Santo, il y a quelqu’un qui a donnĂ© une ponteira, ce qui a fracturĂ© le bassin Ă  son adversaire. Il est mort aussi dans l’heure, ça a Ă©tĂ© filmĂ© par la Rede Globo (TV brĂ©silienne). Alors ça, ça a eu une mauvaise rĂ©percussion. Alors on pense que la capoeira angola est pareille. Ca existe aussi parfois dans la capoeira angola mais ça ne va pas jusqu’à tuer car ils savent les problèmes que cela peut causer.

La capoeira est encore vue de manière pĂ©jorative pratiquĂ©e que par les Noirs, ou non ?

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mestre Barba Branca : Non, maintenant la capoeira tout le monde la pratique, autant les Blancs que les Noirs. Et il y a mĂŞme la matière « capoeira Â» Ă  l’universitĂ©, mais « CAPOEIRA Â».
 Pourquoi « capoeira Â» ? car la « capoeira rĂ©gionale Â», est assimilĂ©e et categorisĂ©e comme une capoeira pour « fils Ă  papa Â». Et capoeira angola il n’y en a pas car l’Angola est catĂ©gorisĂ© comme Ă©tant la capoeira pratiquĂ© par le peuple, par les dĂ©favorisĂ©s.

Est-elle connue par tout le monde ?

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mestre Barba Branca : Maintenant, elle commence Ă  ĂŞtre connue…après les annĂ©es 80, elle a commencĂ© Ă  s’ouvrir vers l’extĂ©rieur car les personnes ont commencĂ© Ă  voir qu’il y a un fondement dans la capoeira angola. Il y a beaucoup de « RĂ©gionales » qui commencent Ă  avoir envie de jouer l’Angola, car l’Angola est en train de grandir.

Certains disent que la capoeira angola est dépassée. Qu’en pensez vous ?

mestre Barba Branca : Je pense que la capoeira angola est une capoeira qui a encore beaucoup a donner, à apprendre, même à lui (à celui qui a dit ça), ce n’est pas une capoeira de vieux, et nous on le sait. Elle est plus harmonieuse, plus jolie, plus disciplinée, c’est ça la capoeira angola. Certaines personnes ont une autre vision, quelle est leur vision ? La violence, prendre la capoeira et la mélanger avec du jiu-jitsu, jouer à jeter la personne au sol, donner des coups, c’est ça qui fait perdre toute la vraie essence de la capoeira régionale. Elle n’a pas été enseignée ainsi par mestre Bimba, elle a été enseignée d’une autre façon. Alors ces personnes sont un peu perdues, elles ont besoin de connaître la capoeira de façon juste pour pouvoir parler de ce genre de chose.

Je me demande si c’est pour ça que la nouvelle gĂ©nĂ©ration a besoin d’un bon enseignement de la part des maĂ®tres ?
mestre Barba Branca : Oui, c’est pour cela car tout ça va se divulguer ailleurs. Si on n’a pas un maĂ®tre qualifiĂ©, on apprend les choses fausses, et par consĂ©quent, par la suite on va s’embrouiller.

Quelle a Ă©tĂ© l’évolution de la capoeira angola ces dernières annĂ©es ?

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mestre Barba Branca : Elle est très bien, c’est très beau aussi, mais elle perd aussi certaines choses car aujourd’hui on ne voit plus la capoeira angola comme avant. Anciennement, la capoeira angola Ă©tait plus synchronisĂ©e, plus jolie, plus souple, avec plus de respect, et il y a beaucoup de maĂ®tres de capoeira angola qui n’apprennent plus Ă  leurs Ă©lèves Ă  respecter. … mais tout cela nous pourrons l’arranger avec le temps. C’est quelque chose que l’on ne peut pas laisser sans vigilance

Expansion de la capoeira dans le monde ?

mestre Barba Branca : Je trouve que c’est très bien, la capoeira angola dans le monde, c’est très bien. Car ils commencent Ă  connaĂ®tre notre culture, la manière que nous avons de jouer, le respect que certains maĂ®tres ont ici, et Ă  savoir avec qui ils doivent vraiment apprendre la capoeira. Car il y a beaucoup de personnes qui sortent d’ici et qui ne sont pas maĂ®tres, ils arrivent lĂ  bas sans leur titre de maĂ®tre. Pour avoir une vraie connaissance, il faut venir Ă  Salvador. Il y a beaucoup de maĂ®tres qui ont une bonne pĂ©dagogies d’enseignement, diffĂ©rente de celles de ceux qui vont lĂ  bas, ceux qui gagnent de l’argent comme ça, alors qu’il y tellement de vrais maĂ®tres ici qui ne gagnent rien, qui souffrent, qui restent ici Ă  se battre, Ă  essayer d’enseigner, de faire un travail difficile dans la pĂ©riphĂ©rie, comme mestre ZĂ© do Lenço et sans la reconnaissance de notre propre gouvernement.

Est-ce qu’un capoeiriste Ă©tranger doit avoir le mĂŞme respect qu’un capoeiristes brĂ©silien ?

mestre Barba Branca : Ils doivent se respecter mutuellement.

Les maĂ®tres se mettent d’accord par rapport Ă  la pratique de la capoeira Ă  l’étranger ?

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mestre Barba Branca : Il n’y a mĂŞme pas eu encore de dĂ©bat sur cela, il n’y en a pas eu alors que c’est un point important, mais ils ne se prĂ©occupent pas de ça ici, mais c’est le moment d’y penser.
 Mais en gĂ©nĂ©ral, les maĂ®tres qui sont lĂ  bas (reconnus), comme Mestre JoĂŁo Grande, aux Etats Unis, Ă  ses Ă©lèves, il leur transmet bien les choses, ils se comportent bien, ils savent bien jouer, ils savent quelle est la direction Ă  suivre. Mais il y a aussi d’autres qui ne sont pas comme ça, qui sont juste lĂ  bas pour gagner de l’argent. Chacun son rĂ´le : moi je fais celui qui enseigne et toi tu fais celui qui apprend. Et je le fais avec responsabilitĂ©. Il y a des gens qui vont lĂ -bas pour s’amouracher, pour attraper les filles, parce que pour eux, c’est ça ĂŞtre un homme, mais c’est seulement dans le nom ! Alors, ils profitent de ça, ils se marient lĂ  bas, et ils veulent mĂŞme en faisant des pirouettes gagner de l’argent. Et c’est comme ça.

La musique dans la roda ?

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mestre Barba Branca : L’important c’est que c’est dĂ©jĂ  traditionnel. L’importance que cela a, c’est qu’elle produit un meilleur « gingado Â», c’est important aussi pour la concentration dans les chants. La propre musique te donne une leçon de vie, vous apprenez avec la musique et vous apprenez en mĂŞme temps Ă  vivre. La musique est importante par rapport Ă  cela, pour que tu dĂ©veloppes tes mouvements correctement dans la roda. Chaque musique a une signification. En dehors de la rode, c’est autre chose. La musique est plus importante que la roda, lĂ  tu te dĂ©veloppes en accord avec la musique, avec le jeu des berimbaus. Car c’est le berimbau qui fait que la musique soit meilleure, qui fait en sorte que tu te manifestes mieux dans la roda.

L’importance du berimbau ?

mestre Barba Branca : Le berimbau gunga, c’est le son le plus grave. Le medio a un son plus moyen. La viola, c’est celui qui rebondit dans la rode, de la mĂŞme façon qu’au candomblĂ© (avec les 3 atabaques). Il y a le « Rum » (atabaque). Le rum, c’est le plus grand, le « LĂŞ« , c’est le medio. Le « rumpi Â», c’est le mineur, alors chacun a une sonoritĂ© diffĂ©rente. LĂ  est l’importance des 3. Le son reste plus harmonieux. Après, l’harmonie avec le son est encore meilleure avec le pandeiro et les autres instruments qui forment la bateria complète. Et il y a une chose intĂ©ressante : gĂ©nĂ©ralement, il y a des maĂ®tres qui jouent plus de la gunga, d’autres qui jouent plus la viola, et il y a des maĂ®tres qui jouent plus le medio.

Ca dĂ©pend ?

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mestre Barba Branca : Oui ça dĂ©pend. Moi, personnellement, je prĂ©fère la gunga. Pour la viola, je suis faible. En ce qui concerne le « rebondissement Â», je ne suis pas très bon. Ce n’est pas comme mes Ă©lèves qui sont dĂ©jĂ  bien habituĂ©s Ă  manier les instruments. Il y a une autre chose intĂ©ressante : avant, il y avait un maĂ®tre de berimbau, et c’est lui qui enseignait. Il ne jouait pas de la capoeira, il jouait seulement du berimbau. Je veux dire, il jouait mais très peu car il Ă©tait « maĂ®tre de berimbau ».

Est ce qu’il y a toujours eu les mĂŞmes instruments ?

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mestre Barba Branca : Avant il y avait un berimbau : le « berimbau de boca« , c’est le premier berimbau, la rĂ©sonance se faisait avec le bouche. Moi je n’ai jamais vraiment jouĂ© de ce berimbau, sauf une fois, mais jouer vraiment comme on doit le jouer, non, je ne l’ai jamais fait. Je parle de ce que je connais mais il existe bien un berimbau de bouche.

Y a-t-il toujours eu le pandeiro et l’agogĂ´ et l’atabaque ?

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mestre Barba Branca : Il y avait seulement l’atabaque, après on a introduit le reste.

C’est Pastinha qui a introduit le reste ?

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mestre Barba Branca : Non, je pense qu’ils y Ă©taient dĂ©jĂ . Pastinha a introduit les deux bouts de bois que l’on frappe l’un contre l’autre (les matracas) et la viola (au sens « guitare »).

De quoi parlent les chansons de capoeira ?

mestre Barba Branca : Elles parlent du passĂ©, du prĂ©sent, mĂŞme du futur, ça dĂ©pend. De la musique, des choses qui arrivent dans le quotidien.
 Elles parlent de la mort parce que la capoeira c’est le champ, la terre, et ça c’est des choses que je ne peux pas expliquer, il faudrait aller plus en profondeur.

Les chansons que l’on chante sont les mĂŞme chansons qu’avant ?

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mestre Barba Branca : Oui, il y en a certaines communes que l’on chante depuis toujours et d’autres compositions qui sont nouvelles.

Seulement les maĂ®tres les composent ?

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mestre Barba Branca : Les Ă©lèves peuvent aussi.
 Treinel Rato, Ă©lève Ă  moi, il a plusieurs compositions.

Ces nouvelles chansons ne sont-elles gardĂ©es que pour le groupe ?

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mestre Barba Branca : Oui, mais Ă  force de les chanter, elles se transmettent d’un groupe Ă  l’autre.

Que veut dire le « IĂŞ Â» ?

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mestre Barba Branca : « IĂŞ Â» (cri court), c’est pour arrĂŞter, pour que les gens prĂŞtent attention .

Le « IĂŞ Â» du dĂ©but est long et celui de la fin est court ?

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mestre Barba Branca : Le « IĂŞ Â» du dĂ©but c’est pour attirer l’énergie, pour que la roda commence bien. Le « IĂŞ Â» de la fin est un « IĂŞ Â» d’arrĂŞt.

Pourquoi le capoeiriste est habillĂ© en blanc ?

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mestre Barba Branca : C’est normal, il y a certains capoeiristes qui aiment s’habiller en blanc, des maĂ®tres aussi… Et en plus le blanc est la couleur de la paix.
 Il y a d’autres habillĂ©s en noir et blanc, en bleu et blanc. Ca dĂ©pend de chaque groupe, de chaque maĂ®tre

Le blanc a un sens ?

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mestre Barba Branca : Il signifie la paix mais on n’est pas obligĂ© de le porter, ce n’est pas un uniforme.
 Il est portĂ©, ici le blanc, mais par exemple comme uniforme il y a le noir et jaune.
 Mais pas d’obligation d’uniforme. Tu dois ĂŞtre bien vĂŞtu pour jouer
. C’est pour ĂŞtre plus beau, c’est surtout les maĂ®tres qui s’habillent en blanc.

Aucun rapport avec le costume des esclaves ?

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mestre Barba Branca : Non, Ă©coute bien : tout Ă©volue. Le noir a commencé….quand il Ă©tait « mal habillĂ© Â», il voyait les autres personnes de la cour, tout beau, il disait « Bah, si ils peuvent moi aussi je le peux ! Â» « Ce n’est pas parce que je suis noir, mĂŞme si je suis noir, je peux ĂŞtre joli ! Â». Alors il mettait aussi des jolis habits, il Ă©tait Ă©lĂ©gant. C’était un « capricho« . Si tu regardes tous les vendredis quand tu vas Ă  l’église, tout le monde est en blanc. Beaucoup de maĂ®tres vont Ă  l’église en blanc. Au candomblĂ© aussi on est en blanc.

Que signifient les surnoms de capoeira ?

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mestre Barba Branca : Anciennement il y avait des baptĂŞmes dans la capoeira angola comme dans la capoeira rĂ©gionale, lĂ  on donnait un surnom. « SaĂşva » (contramestre du GCAC Ă  l’époque de l’interview, en 2002) parce qu’il ressemble Ă  une petite fourmi. « Barba Branca » parce que que j’avais dĂ©jĂ  la barbe blanche. L’autre contramestre du GCAC, « Olhos de Anjo Â» (yeux d’ange), parce qu’il regardait les filles avec des yeux doux et il les fait toutes tomber.

Il est nĂ©cessaire de donner un surnom ?

mestre Barba Branca : Non, ce n’est pas nĂ©cessaire, mais on le donne par rapport au caractère de la personne, si on trouve qu’il a une belle personnalitĂ©.

Tout le monde a un nom de capoeira ?

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mestre Barba Branca : Non…Pas tout le monde… Mestre « Diogo Â», il est seulement connu comme maĂ®tre Diogo, son nom est « Diogo de Escanha Moço Â», « Zacharias Boa Morte Â» c’est son nom, c’est le maĂ®tre Zacharias Boa Morte. « Bom Cabrito Â» parce qu’il se prenait des raclĂ©es dans les rodes, c’est Ă  cause d’un dicton qui dit « Le bon cabri ne braie pas ! Â».

Et est-ce que le maĂ®tre aime bien donner des noms aux Ă©lèves ?

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mestre Barba Branca : Y en a qui aiment bien, y en a d’autres non, alors c’est leurs camarades qui leur donnent des surnoms.

DiffĂ©rences entre rĂ©gionale et angola ?

mestre Barba Branca : Il y en a peu… La capoeira angola est primitive, c’est la capoeira mère, c’est une capoeira…on sait comment elle est nous….plus technique, moins violente. 
La rĂ©gionale est une capoeira faite et créée avec des sĂ©quences, des sĂ©quences de Bimba, des sĂ©quences Ă  lui, des mouvements plus combinĂ©s, elle est presque similaire Ă  l’angola sauf qu’elle est plus haute, elle a des mouvements plus hauts, plus rapides, les toques aussi sont plus rapides, et il y a qu’un seul berimbau.

Pourquoi la rĂ©gionale est restĂ©e une capoeira qui se joue debout ?

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mestre Barba Branca : Maintenant elle est comme ça, anciennement elle n’était pas comme ça, anciennement on descendait beaucoup plus le jeu. Plus maintenant.
 Sauf que les mouvements qui Ă©taient faits en bas Ă©taient plus ouverts.
 Mais aujourd’hui, ça a tout changĂ©. Aujourd’hui la rĂ©gionale est mĂ©langĂ©e, ils ne sont pas tous comme ça mais ils ont changé… C’est comme je t’avais dit, ils ont mis du jiu-jitsu, de la boxe… karatĂ©, alors c’est tout mĂ©langĂ©, comme un cocktail d’avocat (« vitamina de abacate Â»), tu mĂ©langes, tu mĂ©langes, les uns voulant tuer les autres, ça c’est pas gĂ©nĂ©ral Ă  tout le monde. Il y a des rĂ©gionals qui font une capoeira jolie, Ă  l’ancienne… mais pas tous…

Quelles sont les valeurs de l’angola ?

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mestre Barba Branca : Ah ce sont les valeurs traditionnelles !
 Elle est Ă  l’intĂ©rieur de chacun, dans notre comportement, dans notre façon d’être. Dans la roda, il y a des gens qui ont un mauvais caractère, chacun a son style ou sa façon d’être et nous respectons ça. En rĂ©alitĂ©, la morale de la capoeira angola est dans sa fiertĂ©, l’importance de montrer son travail, (le travail) sĂ©rieux, c’est ça la morale mĂŞme du capoeiriste.
 Qui est capoeiriste, qui est maĂ®tre, c’est ça sa morale, faire un travail sĂ©rieux, de montrer ce travail Ă  la sociĂ©tĂ©, y en a d’autres qui n’ont pas ce type de comportement, ils ont un comportement erronĂ©. C’est la justice, le capoeiriste est juste, il se doit d’être juste.

Comment la capoeira influence le quotidien ?

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mestre Barba Branca : Oui, pour influencer, ça influence. Tu as vu la petite bĂŞte que j’ai attrapĂ©e tout Ă  l’heure ? bah, c’est le rĂ©flexe, c’est la façon d’être, le comportement, le comportement au jour le jour, c’est ça ! L’honnĂŞtetĂ©, tout ça ! La capoeira influence lĂ  dehors.

Votre travail avec les enfants : en quoi consiste-t-il ?

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mestre Barba Branca : Ca consiste en la chose suivante : faire que les enfants n’aillent pas dans la rue trafiquer, se marginaliser, qu’ils ne sniffent pas de la colle, qu’ils ne volent pas, attraper le sac des autres, faire des choses mauvaises. Alors ça consiste Ă  occuper le temps de ces enfants, pour qu’ils profitent, dans la capoeira, ils profitent des bonnes choses pour eux. C’est ma proposition, de faire en sorte que ces enfants soient des citoyens, des citoyens honnĂŞtes, un bon citoyen, la capoeira aide Ă  ça.

En quoi la capoeira les aide Ă  rentrer dans la sociĂ©tĂ© ?

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mestre Barba Branca : La capoeira les enlève de tout ça, leur redonne de l’estime, de la force pour vivre, pour valoriser et pour se valoriser aussi. En faisant de la capoeira aujourd’hui tu peux Ă©tudier plus, parce que la capoeira c’est le besoin d’étudier plus, pour apprendre et comprendre encore plus la capoeira, c’est incroyable, n’est ce pas !
« Tout le monde lit des choses sur la capoeira, le maĂ®tre parle de ces choses, qu’est ce que vous en pensez ? Â» Il ne sait pas lire, du coup il va courir Ă  l’école pour apprendre Ă  lire. Alors, elle crĂ©e cette nĂ©cessitĂ© chez l’élève, de chercher Ă  s’instruire, chercher Ă  ĂŞtre quelqu’un, pour comprendre ce que c’est vraiment la capoeira, qu’elle est leur clĂ© pour n’importe quel projet. S’il n’y avait pas la capoeira, ça ne marcherait pas, car depuis tout petit, ils ont appris Ă  faire des pirouettes (=Ă  se dĂ©brouiller). Alors c’est ça l’important.

Est ce que la violence se vit au quotidien au BrĂ©sil ?

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mestre Barba Branca : La violence elle est jusque dans les salaires. Jusque dans notre poche, on est violentĂ© ! Ce n’est pas seulement de la violence physique ou de la violence morale, nous sommes violentĂ©s Ă  toute heure, tous les jours. Le gouvernement fait ce qu’il fait, et le peuple ici, qui est dans le besoin, ce n’est pas seulement dans le ghetto de la capoeira, mais ça commence Ă  s’étendre aux terres de l’intĂ©rieur, on voit le peuple avoir faim, sans avoir un aliment, ils mangent des cactus !, ils boivent l’eau des cactus dans le « sertĂŁo Â» pour survivre, vivant dans des maisons en argile, sans couverture, seulement ça c’est la violence !

La capoeira aide Ă  lutter contre cette violence ?

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mestre Barba Branca : Oui ça aide, ça leur donne une opportunitĂ©.

Ca les aide Ă  apprendre Ă  se dĂ©fendre…
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mestre Barba Branca : Contre ce type d’agression, mais aussi contre l’agression physique, les gens qui veulent les taper, ils savent se dĂ©fendre au bon moment, avoir ce comportement (de capoeiristes).

Un système d’aides est-il mis en place ?
mestre Barba Branca : C’est très polĂ©mique ça ! Parce que, Ă©coute-moi bien : l’Etat donne, mais il donne seulement Ă  des gens qui n’en ont pas besoin ! Ou alors aux grandes organisations sociales et qui profitent de leur statut pour se mettre l’argent dans la poche et ne regardent pas vers les enfants. Une organisation que je peux citer et qui a une vraie valeur c’est la FUNDAC (Fundação Desenvolvimento da Criança e do Adolescente « Alice de Almeida »). Au moins, ils donnent Ă  manger aux enfants, ils leur donnent des vĂŞtements, ils les enlèvent vraiment de la rue, parce que la-bas ils ont des psychologues, qui peuvent travailler avec ces enfants.
 Mais c’est une institution du gouvernement, la FUNDAC, mais le gouvernement ne donne pas aux autres institutions. C’est très difficile.

La FUNDAC a-t-elle un suivi au quotidien ?

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mestre Barba Branca : Non, les autres fondations comme la mienne ne reçoivent rien pour donner aux enfants tous les jours, il n’y a pas d’aides financières du gouvernement.

Salvador de Bahia, BrĂ©sil – 2002